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Inondations catastrophiques: Pourquoi nous ne pouvons pas ignorer le changement climatique

Alors que le monde ne parle plus que de l’ouragan Harvey, un désastre encore plus meurtrier est à l’oeuvre dans certaines régions d’Afrique et d’Asie du Sud. Des zones comme Makurdi au Nigéria, le Sierra Leone et Mumbai en Inde ont récemment été submergées dans des inondations désastreuses, et des dizaines de milliers de personnes terrifiées, confrontées à une véritable lutte pour leur survie. L’ampleur des dégâts peut être évaluée à l’aune des images qui ont pris d’assaut les canaux d’information partout dans le monde.

Une communauté submergée par les inondations au Nigeria (Photo: Vivian Falae/Naij.Com)

Une communauté submergée par les inondations au Nigeria (Photo: Vivian Falae/Naij.Com)

Des appels à l’action et à la mobilisation ont été lancés, afin de venir en aide aux victimes> Dans la plupart des cas, l’aide prend la forme d’un don. Pourtant, avons-nous pensé à une réponse de long terme ? Qu’en est-il du soutien aux efforts visant à développer la résilience aux désastres à venir ? Qu’en est-il des actions visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre qui alimentent le réchauffement climatique lui-même ?

Soulever ces enjeux pendant la catastrophe peut apparaître comme l’oeuvre inopportune ou prématurée d’une personne impassible et dénuée de toute sensibilité – après tout, les gens ont besoin « d’aide, pas d’une leçon de morale », comme l’a souligné un commentateur. Le récit le plus évocateur dans ce genre de situation est celui qui montre ses conséquences sur les vies de chaque individu et sur ses possessions. Mais dans ce cas, il est extrêmement irresponsable de ne pas tenir compte du changement climatique. Apporter une aide humanitaire d’urgence est une nécessité incontestable. Néanmoins, le constat des répercussions immédiates d’une catastrophe doit aussi être l’occasion de mettre sur la table des problemes de plus grande envergure. D’autant plus que c’est justement le moment où les hommes politiques préféreraient qu’ils ne soient pas abordés.

Ouragan (Photo: NASA)

Ouragan (Photo: NASA)

Bien évidemment, les cyclones tropicaux sont une caractéristique naturelle de notre climat. Mais l’impact exceptionnel des récents orages a conduit à se demander si le changement climatique n’était pas en cause. La hausse des températures génère une élévation du niveau des mers, qui résulte de l’expansion thermique des océans et de la fonte des glaciers. Le niveau des mers s’élevant, les tempêtes se font de plus en plus violentes, et potentiellement dévastatrices. Mais lorsque le niveau des mers est plus haut, cela signifie aussi qu’il est plus difficile de drainer l’eau de pluie dans l’océan. Que se passe-t-il ensuite ? L’eau n’a nulle part où aller.

Site d’extraction de gaz de schiste a Rumuekpe (Photo: Ben Ezeamalu)

Site d’extraction de gaz de schiste a Rumuekpe (Photo: Ben Ezeamalu)

Les cas d’inondation ne sont pas nouveaux. Cependant, compte tenu de ce que les scientifiques savent désormais des effets sur le climat de l’augmentation des niveaux de CO2, il est impossible de prétendre que les derniers événements climatiques sont purement « naturels ». En revanche, le fait, avéré, que l’Homme contribue aux catastrophes environnementales à travers le monde, suggère qu’il pourrait aussi imaginer des solutions aux problèmes dont il est question.

Pendant de nombreuses années, les scientifiques du climat et les experts ont prédit que le changement climatique conduirait à des phénomènes météorologiques plus fréquents et plus intenses; les preuves abondent aujourd’hui dans leur sens.

Pour faire écho à une déclaration du conseiller présidentiel d’Obama, John Holdren, « Nous allons nous retrouver avec une espèce de mélange de prévention, d’adaptation et de souffrance; il nous appartient d’en déterminer le ratio ». Il s’agit d’une façon percutante d’aborder les enjeux climatiques, car elle met en évidence les conséquences de notre inaction. Nous empêchons ce que nous pouvons éviter, nous nous adaptons à ce que nous ne pouvons pas prévenir, et nous souffrons de ce que nous ne pouvons pas ajuster. Le statu quo n’est pas qu’une option.

Dans les exemples d’inondation dans des endroits comme Benue et Houston, résonne l’appel à une véritable prise de conscience. Il faut impérativement pousser les gouvernements et les pollueurs à outrance (les entreprises) à limiter leurs émissions de carbone afin d’en prévenir les plus graves effets sur le climat, ou du moins à envisager des stratégies d’atténuation pendant la période de reconstruction de la communauté.

Des manifestants climatiques se servent de leurs corps pour écrire "100% renouvelable" devant la Tour Eiffel à Paris en 2015 (Photo: Benoit Tessier / Reuters)

Des manifestants climatiques se servent de leurs corps pour écrire « 100% renouvelable » devant la Tour  Eiffel à Paris   en  2015 (Photo: Benoit Tessier / Reuters)

Nous avons aujourd’hui plus que jamais un devoir moral, celui de parler du changement climatique et de nous engager à travers des actions « réelles ». Au cours des deux dernières années, la communauté internationale s’est mis d’accord pour lutter pour notre avenir commun. La ratification de l’accord de Paris oblige les pays signataires à agir véritablement sur leurs engagements climatiques. Les entreprises devraient définir des objectifs d’action justifiés par la science et les mouvements citoyens s’intensifier pour ne laisser personne de côté dans la quête mondiale de la durabilité.

Nous devons accélérer la cadence, viser plus haut et agir avec détermination pour éviter les prochains Harveys – qui seront plus dévastateurs encore. Nous avons une dette envers l’humanité et les générations futures.

Écrit par ECYL: Babajide Oluwase, de Lagos, Nigéria 

Vous pouvez le joindre à l’adresse suivante : jideoluwase@gmail.com

(Traduit par Amandine Pieux, de San José, Costa Rica)