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Livre sur la Charte de la Terre et Laudato Si’, lancement au Symposium sur l’Ecologie Intégrale

Laudato Si Earth CharterLa Charte de la Terre International a le plaisir de partager sa dernière publication, l’ouvrage : Voix de l’Initiative de la Charte de la Terre en réponse à Laudato Si’

Vous pouvez télécharger cette publication gratuitement via le lien suivant.

Cette publication vise à contribuer à l’appréhension du rapport entre l’Encyclique Laudato Si’ et la Charte de la Terre, et à la compréhension de la proximité entre les deux approches ; c’est pourquoi nous avons compilé une série d’articles rédigés par des écrivains et leaders mondiaux de renom, qui réfléchissent sur et analysent le lien et le sens des propositions éthiques de ces deux documents et les défis qu’ils lancent.

Auteurs: Leonardo Boff, Fritjof Capra, Joe Holland, Elizabeth May, José Matarrita Sánchez, Awraham Soetendorp, Steven C. Rockefeller, Mary Evelyn Tucker et John Grim.

L’organisation du ¨Symposium International d’Ecologie “Laudato Si’, La Protection du Foyer Commun, une conversion nécessaire à l’Ecologie Humaine a fortement incité à la publication de ce livre. Ce Symposium, qui a eu lieu au Costa Rica du 29 novembre au 1er décembre 2017, est l’un des évènements internationaux, académiques et écologiques les plus importants de l’année organisé par le Vatican (Fondation Ratzinger). L’activité a été organisée par l’Université Catholique du Costa Rica avec le soutien de la Fondation Joseph Ratzinger-Benoît XVI, qui organise cet évènement chaque année.

La publication a été partagée, sous forme numérique, avec les plus de 600 participants à ce Symposium. En outre, elle a été présentée à l’une des tables de travail, le vendredi 1er décembre, sous la coordination de Mme Mirian Vilela, Directrice Exécutive de la Charte de la Terre International.

Quelques messages qui se sont démarqués lors du Symposium Laudato Si’

Le Symposium a débuté par des discours officiels, dont celui du Président de la République du Costa Rica, M. Luis Guillermo Solís Rivera. Huit présentations avec des intervenants de premier plan ont suivi (Agenda du Symposium). Voici des extraits de certaines des présentations.

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Cardinal Marc Ouellet, Préfet de la Congrégation pour les Evêques, Président de la Commission Pontificale pour l’Amérique Latine

20171130_101435Pourquoi le Pape François a-t-il écrit l’encyclique “Laudato Si” ? Cette question a été abordée dans la présentation du Cardinal. Selon lui, le Pape a reconnu l’urgence des problèmes d’environnement et de durabilité du “foyer commun” et appelle à un dialogue commun à ce sujet. Cette encyclique ne fait pas de recommandation à l’Église Catholique sur un thème précis, mais invite plutôt toutes et tous ceux qui cherchent des solutions aux défis actuels à participer à ce dialogue (interreligieux) ; cette méthode est inédite pour un Pape. Le Pape François a profité de l’élan politique de 2015, avec le lancement de l’Agenda 2030 et le Sommet Climat à Paris, pour intensifier son appel.

En ce qui concerne le contenu de l’encyclique, le Cardinal Ouellet affirme qu’elle établit un diagnostic de la situation actuelle, non de manière exhaustive mais sur la base des preuves scientifiques disponibles. Le Pape réfléchit aux progrès actuels, dont il dit qu’ils sont pure fiction. D’après lui, l’augmentation rapide du développement et de l’utilisation des technologies est inquiétante, mais le fait que cela ne s’accompagne pas d’une réflexion sur leurs finalités rend difficile la prise de décisions éthiques.

20171201_152910Le Pape François opère également une clarification de la relation de réciprocité, et non de domination, que les êtres humains doivent avoir à l’égard de la nature. Il exprime cela dans les paragraphes 67 à 75. Il invite à un regard sur la création qui encourage la compassion et la communion de tous, tout en étant christologique.

Dans le paragraphe 160, le Pape François met en garde : c’est notre propre dignité et survie qui est en jeu. Dans ce sens, il promeut une conversion écologique qui mise sur une nouvelle forme de vie, une révolution culturelle pour dépasser l’individualisme, qui encourage à la solidarité humaine et à l’émergence d’une communauté universelle qui englobe tous les êtres vivants. Comme le mentionne le Cardinal, la dimension spirituelle de cette conversion écologique implique de jouir des plaisirs simples de la vie, la sobriété, la recherche de rencontres fraternelles et le contact avec la nature (LS 223).

Selon le Cardinal Ouellet, il est audacieux de la part du Pape François que de rendre explicite la connexion entre la Trinité et la création. Chaque personne agit en communion avec les autres et en fonction de la création, donc la création est un don implicite dans l’échange des trois personnes, qui se glorifient mutuellement avec la création.

20171201_090738Il a souligné que la réalisation ultime de la personne humaine invite à se sortir de soi-même pour entrer en communion avec les autres êtres vivants, en se considérant comme serviteur et gardien du foyer commun.

Dr. Tomás Insua, Directeur du Mouvement Catholique du Climat

Il a invité l’audience à s’impliquer dans les actions qui conduisent à cette conversion écologique évoquée par le Pape François. Il a recommandé la plateforme : http://vivelaudatosi.org/ , et l’initiative Mission 2020 lancée par Christiana Figueres.

Il a appelé à considérer la période du 1er septembre au 4 octobre, dit « Temps pour la création » comme un moment pour intensifier la prise de conscience du message de Laudato Si’.

 Mons. Fernando Chica Arellano. Observateur Permanent du Saint-Siège devant la F.A.O, F.I.D.A et P.M.A

Il a mené une réflexion sur les résultats du Rapport de la FAO sur l’état de la sécurité alimentaire 2017, autour de la question “Pourquoi la faim dans le monde augmente-t-elle ? ». Trois causes majeures ont été identifiées :

  • Les conflits armés (aussi bien nationaux qu’internationaux)
  • Les effets du changement climatique
  • Les fractures sociales

L’encyclique Laudato Si’, dont il considère qu’elle est la Somme Écologique de l’Église Catholique, est comme une boussole pour s’orienter face au véritable défi que représentent ces affrontements qui mènent à la famine. Mons. Chica a mis en avant trois mots-clés que l’Encyclique contient :

  1. Tous: puisqu’elle invite tout le monde à participer, parce que nous sommes tous concernés. Le texte de l’encyclique, qui appelle à cela, est comme “le bon vin”, il ne prend pas de l’âge, mais acquiert jeunesse et vivacité.
  2. Urgent: Nous n’avons plus le temps, il faut agir dès maintenant, c’est l’urgence de l’amour, de l’amour social au centre de la vie communautaire.
  3. Ensemble: Il faut travailler de manière collaborative, générer synergies et convergences. Le Chapitre V de l’encyclique évoque le sujet (Dialogue).

Il nous a invité à nous mettre au travail, en adoptant une attitude prévenante, nourrie de ce que Jésus a fait sur la croix.

Rév. Augusto Zampini. Membre du CAFOD et conseiller théologique du nouveau Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral du Saint-Siège.

20171201_104432Selon le Rév. Zampini, un des grands défis auxquels nous nous confrontons consiste à parvenir à un développement inclusif, qui intègre toutes les dimensions humaines. Cette vision s’inscrit dans le concept d’écologie intégrale que présente le Pape François, basé sur un paradigme relationnel qui nous reconnaisse comme des êtres sociaux, en relation avec d’autres êtres et Dieu.

En termes de conversion écologique, nécessaire à un développement inclusif, il est important que des changements s’opèrent dans le cœur des Hommes et au sein des structures sociales et politiques. Transformer des habitudes quotidiennes exige une forte motivation qui vienne du plus profond de nous-mêmes, et cette profondeur est la spiritualité. Lorsque nous nous sentons saturés, nous nous déconnectons, mais à travers d’une spiritualité intégrale, il est possible de se concentrer, de vivre en paix et libérés, orientés vers l’action. Le Rév. Zampini a également recommandé de lire l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium et le document d’Aparecida – V Conférence Générale du Conseil Épiscopal Latinoaméricain et des Caraïbes (CELAM).

Que peut apporter la spiritualité chrétienne? Un aspect consiste à ne pas placer l’être humain au centre de la création, puisque cela est associé au paradigme du contrôle. Il faut plutôt revenir aux bases, vers un éco-centrisme, vers une éthique du soin, en utilisant une vision iconique (des symboles), qui nous conduise à une contemplation et à une célébration qui nous rapproche de la nature. Les rituels de l’Église peuvent permettre de réaffirmer le bien commun et notre interconnexion, car ils impliquent une expérience partagée du temps, où les humains se découvrent en profondeur et en relation à autrui. De plus, ils relient l’humain au ciel et à la terre. Il est important que toutes les paroisses rafraîchissent l’idée que le pain de la vie est issu des fruits de la terre et du travail de l’Homme, et qu’il est donc primordial d’en prendre soin.

IMG_2044Bien qu’il ne fasse pas référence explicitement à la Charte de la Terre, il a précisé que la spiritualité chrétienne encourage les individus à être plus, et non pas à avoir plus, comme l’exprime la Charte. En plus, cette spiritualité vise la sobriété, qui doit nous aider à nous éloigner de l’utilitarisme.

Les deux dernières présentations du 30 novembre ont porté sur les instruments de mesure ou d’évaluation du progrès social et de la durabilité. M. Michael Green, Directeur Exécutif du Social Progress Imperative a présenté le rapport sur le Progrès Social par pays de l’année 2017 : https://www.socialprogressindex.com/

Quant à M. Roberto Artavia Loría, il a présenté un outil d’évaluation pour mesurer la mise en œuvre de l’Encyclique Laudato Si’ dans les différents pays. Celui-ci sera utilisé par l’Observatoire Laudato Si’, qui impulse et coordonne l’Université Catholique du Costa Rica.

Federico Lombardi S.J. Président de la Fondation Vaticane Joseph Ratzinger-Benoît XVI

Il s’est chargé de la présentation qui était dans le programme du Cardinal Giuseppe Versaldi, à propos de l’écologie intégrale au centre de l’éducation catholique. Il a mentionné l’importance de renouveler nos cœurs pour le changement. Il a mis l’accent sur le fait que la pédagogie de Jésus doit être au centre de l’éducation catholique, à l’image du serviteur, entre humilité et réconciliation. Jésus était en contact étroit avec la nature, avec son environnement et la vie quotidienne des gens, c’est pourquoi il a trouvé des paraboles proches du contexte des peuples pour porter son message.

La notion d’interdépendance avec tout est ce que Dieu demande, et cette notion devrait être présente dans les programmes d’éducation intégrale liés à l’encyclique Laudato Si’, dont l’approche devrait générer une résistance à l’avancée du paradigme technocratique. Il a affirmé la nécessité d’une nouvelle éducation qui mène à une régénération et à un dialogue pour prendre soin de la nature et se rapprocher des pauvres.

Il a appelé toute la communauté chrétienne à s’impliquer dans cette éducation, en particulier dans les écoles, pour qu’il soit plus facile que les jeunes atteignent une conscience intégrale et pratiquent la charité. Dans les établissements d’Éducation Supérieure, il ne suffit pas de transmettre l’information, mais de s’approcher de la vérité, à travers un dialogue interdisciplinaire, au sein duquel le potentiel éducationnel de la nature est mis en avant. Il a invité les Universités Catholiques à inclure la dimension éthique dans leurs programmes d’études, pour faire connaître l’encyclique Laudato Si’, en plus d’étudier les problèmes et la situation actuelle dans leurs contextes, en fournissant un guide éthique.

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Fr. Josafá Carlos de Siqueira S.J.  Président de l’Université Pontificale Catholique de Rio de Janeiro

Il a appelé les universités à aller vers un travail interdisciplinaire doté d’une vision systémique, en s’attachant à générer un dialogue des savoirs à la lumière de Laudato Si’.  Il a mentionné l’importance de rompre avec la vision anthropocentrique, et encourage les initiatives locales qui cherchent à mettre en pratique l’interdisciplinarité, en vue d’être les gardiennes et les protectrices du foyer commun. Il nous invite à tous nous considérer comme de « modestes jardiniers » (et jardinières).

Fr. Josafá a présenté le cas spécifique de l’Agenda environnemental institutionnel de la PUC de Rio de Janeiro, où de nombreuses actions en lien avec la gestion environnementale de l’établissement ont été mises en place, et où, en plus, a été créé un centre interdisciplinaire d’environnement, qui coordonne les efforts interdisciplinaires de recherche.

À la fin des présentations, se sont tenues des Tables de Travail, au cours desquelles tous les participants ont été divisés en 6 groupes, qui abordaient différents thèmes et questions de réflexion. Les tables commençaient par une courte présentation en lien avec le sujet abordé, et travaillaient ensuite à générer des apports pour certaines des questions de réflexion. Le travail en groupe a permis d’obtenir des résultats pour l’Observatoire Laudato Si’. Les tables de travail ont abordé les thèmes suivants :

  • La relation étroite entre les pauvres et la fragilité de la planète : satisfaction des besoins de base et culture du rejet
  • La conviction que tout dans le monde est connecté : l’équilibre environnemental et la mobilité sociale.
  • La critique du nouveau paradigme et des formes de pouvoir dérivées de la technologie : impact de la gestion environnementale pour l’être humain et notre foyer commun
  • L’invitation à chercher d’autres façons d’appréhender l’économie et le progrès, ainsi que la responsabilité critique de la politique locale et internationale.
  • La valeur intrinsèque de chaque être vivant et le sens humain de l’écologie : exercice des droits et de la liberté.

 

20171201_152943Mirian Vilela, Directrice Exécutive de la Charte de la Terre International, a participé à la table 4, avec une présentation au cours de laquelle elle met en relation les politiques internationales des Nations Unies et d’autres initiatives similaires ou en lien avec Laudato Si´, comme la Charte de la Terre ; elle a invité la communauté catholique à construire des ponts entre Laudato Si´ et d’autres travaux. Au cours du dialogue, elle a mis l’accent sur l’importance de l’éducation aux valeurs éthiques et d’une articulation et application plus effectives des politiques et des lois.

Le travail et les apports de ces tables thématiques ont été présentés en assemblée plénière, et la Conférence s‘est terminée avec une présentation de M. René Castro, Sous-directeur de la FAO, au cours de laquelle il a évoqué l’urgence d’aborder le changement climatique, en utilisant des exemples d’efforts de reforestation et d’entretien des sols. Il a indiqué que son plus grand apprentissage, en participant à cette conférence, a été de visualiser l’importance de la spiritualité à l’heure d’aborder les grands défis de l’humanité. M. Fernando Felipe Sánchez, Recteur de l’Université Catholique du Costa Rica et le P. Federico Lombardi ont prononcé les derniers mots, reconnaissant la transcendance de cet évènement et l’importance pour la communauté catholique (y compris les entités éducatives) de continuer de travailler en collaboration pour la conversion à l’écologie intégrale, comme suggéré dans l’encyclique Laudato Si´.